La France orthodoxe   russe   accueil   w@p   e-mail   
 
Église Sainteté Pèlerinage Galerie Forums Liens

 ......... Reliques de sainte Geneviève de Paris

Histoire de la vénération de sainte Geneviève de Paris

 

« Heureux dès à présent les morts qui meurent dans le Seigneur ! Oui, dit l'Esprit, afin qu'ils se reposent de leurs travaux, car leurs œuvres les suivent. »
Apocalypse 14, 13.


Le jour de la mort des saints – c'est leur nouvelle naissance, ce n'est pas la fin de la vie mais sa glorieuse continuation.

La vénération de sainte Geneviève commença aussitôt après son décès. Les Parisiens et avec eux, tout le peuple français après avoir solennellement enseveli leur sainte patronne dans une ancienne crypte au-dessous de l'autel de l'église St-Pierre-St-Paul, continuaient à s'adresser à elle avec amour et foi pour obtenir du secours et de la consolation. Son intercession "pour ses gens" auprès du trône de Dieu fut inlassable. Un chroniqueur connu du VI siècle, saint Grégoire de Tours, écrivait en 562, c'est-à-dire cinquante ans après le décès de sainte Geneviève: "Ste Geneviève est enterrée dans la basilique des Saints-Apôtres. De son vivant terrestre, elle fut remplie d'une force spirituelle...et ce qu'on demande près de sa tombe n'est pas laissé sans réponse miséricordieuse ; ceux qui sont atteints de fièvre reçoivent la guérison grâce à ses prières".

Sous le pontificat de saint Grégoire le Grand, il existait déjà un office dédié à sainte Geneviève et célébré depuis la seconde moitié du VI siècle, le 3 janvier, comme en témoignent des missels anciens de rite gallican. Ces offices qui comprenaient les lectures des passages de l'Ecriture et de morceaux d'œuvres des Pères de l'Eglise, le chant d'antiennes, d'hymnes (sorte de stichères) et d'acathistes particuliers, se distinguaient par leur plénitude et leur grande beauté liturgique [note : en France, ces offices sont toujours célébrés sous une forme abrégée les jours de commémoration de sainte Geneviève]. Il y a aussi des poèmes en vers et en prose écrits en latin et des hymnes religieuses datant des IXe, XIVe et XVe siècles, et glorifiant sainte Geneviève. Un savant connu du XVIIe siècle, le jésuite Denis Paitou, en reconaissance de sa guérison obtenue auprès des reliques de sainte Geneviève, recueillit ces hymnes et les publia en 1638 sous le titre "Genovefa, patronne de Paris glorifiée par les offices latins et grecs". Cela indique bien qu'au XVIIe siècle, sainte Geneviève était glorifiée par l'Eglise d'Occident et par l'Eglise d'Orient. Sa première biographie fut rédigée en 530, c'est-à-dire 18 ans après le décès de la sainte. Selon toute vraisemblance, elle fut écrite par un contemporain car il y raconte l'invasion d'Attila, le siège de Paris par les Francs et la famine. Beaucoup d'évènements relatés par lui dans la "Vie", par exemple les rencontres de sainte Geneviève avec saint Germain, coïncident exactement avec leur description par un autre contemporain de la sainte – le prêtre lyonnais Constantius, qui écrivit la vie de saint Germain évêque d'Auxerre, directeur spirituel de sainte Geneviève. Le nom de la sainte fut inclus dans le calendrier des saints au VIII siècle.

Peu de temps après la mort de sainte Geneviève, on commença à édifier des églises, des oratoires et des monastères en son nom dans les lieux qu'elle fréquentait – à Meaux, Arcis-sur-Aube, Saint-Denis, Reims. Des paroisses consacrées à la sainte prirent naissance, des villages et des bourgs entiers prirent le nom de Sainte-Geneviève. A Nanterre, sa ville natale, une église fut bâtie autour de la maison où elle naquit et passa son enfance. Cette église abritait un puits auquel le premier miracle de sainte Geneviève est lié – celui de la guérison de sa mère avec de l'eau bénite par la sainte. Ce puits existe toujours, on peut le trouver parmi les ruines de l'église ancienne. Au même endroit, on peut aussi visiter un ancien oratoire souterrain. Le pré où, selon la tradition, elle faisait paître les moutons, devint le Parc Sainte-Geneviève, et un oratoire y fut construit. La maison qu'elle habitait à Paris, fut transformée en église connue sous le nom de Sainte-Geneviève-la-Petite, pour la distinguer de la basilique située sur la colline où les reliques de la sainte étaient conservées. Cette église sur la colline, élevée à la demande de sainte Geneviève par le roi Clovis en l'honneur des saints apôtres Pierre et Paul, fut bientôt appelée "église Saints-Apôtres-Sainte-Geneviève". Mais vers le huitième siècle, elle fut définitivement rebaptisée en "église Sainte-Geneviève", et la colline où elle fut placée est jusqu'à nos jours appelée Montagne Sainte-Geneviève. Sur ce mont, des citadins et des campagnards se mirent à s'installer pour être plus près de leur sainte patronne. Bientôt, à l'ombre de l'église se forma le faubourg Sainte-Geneviève, qui pris plus tard le nom de « Rive gauche » ou « Quartier latin » à Paris.

La vénération populaire de sainte Geneviève ne cessa pas de s'accroître. Et aux environs de Paris comme dans les provinces lointaines, des églises furent érigées et des monastères furent construits en l'honneur de la sainte qui "ne laissait pas les siens". Et hors France, même dans le Nouveau Monde, on construisit de nouvelles églises en l'honneur de sainte Geneviève.

Jusqu'à l'invasion des Normands, les reliques de sainte Geneviève reposèrent dans la crypte de la basilique des Saints-Apôtres. Une lampe permanente brûlait devant son tombeau. Lors des raids des Normands, on emporta les reliques dans le petit bourg de Draveil (en 845-850) et à Marisy (en 857). Pendant leur retour à Paris se produisirent en chemin de nombreuses guérisons miraculeuses et là apparurent de nouveaux oratoires et lieux de pèlerinage. C'est ainsi que s'organisa la paroisse Sainte-Geneviève-des-Bois, et en pleine forêt dans une grotte naturelle un petit oratoire avec une statue de sainte Geneviève fut aménagé [note : cette statue provenant de la ville de banlieue parisienne qui s'appelle toujours Sainte-Geneviève-des-Bois eut ensuite une grande signification dans l'histoire de la vénération par les Russes de cette sainte orthodoxe gauloise].

En 885 quand Paris fut de nouveau assiégée par les Normands, les reliques de sa sainte patronne furent transférées hors des murs de la Cité. Les citadins les portèrent aux endroits de la forteresse subissant la plus forte poussée de l'ennemi, et à chaque fois, ce dernier recula. Depuis 890, lorsque la paix fut conclue, la châsse contenant les saintes reliques se trouvait sur l'autel de l'église supérieure de la basilique, tandis que la crypte abritant le sépulcre vénéré de la sainte, devint une église paroissiale du nouveau quartier Latin. En 1161 et 1248, les reliques de sainte Geneviève furent exposées à la vénération populaire.

Déjà au VIe siècle, quelques décennies seulement après la mort de sainte Geneviève, la basilique acueillait les conciles locaux de 573 et de 577. Cela indique de quel honneur jouissait l'église abritant les reliques de la sainte. On comprend que le monastère ou « abbaye » qui se forma autour de la basilique et occupa un vaste terrain eut une grande importance spirituelle et canonique au Moyen-âge. Quand l'évêque, puis l'archevêque de Paris entrait en administration du diocèse il devait "en obtenir la bénédiction de sainte Geneviève". Un rite spécial était prévu à cet effet. L'abbaye de Sainte-Geneviève joua également un grand rôle civilisateur. Plusieurs écoles apparurent autour de ses murs: le collège de Navarre, le collège de la Sorbonne et d'autres. C'est ici que naquit l'Université de Paris.

Lors des calamités publiques, quand la France se trouvait en danger, on s'adressait, selon la coutume, à sainte Geneviève. Une procession religieuse se dirigeait habituellement vers la cathédrale. Les historiens mentionnent 75 processions solennelles de cette sorte, avec la participation des évêques, du roi et de sa cour, de tous les ordres monastiques et des paroisses parisiennes, des recteurs de l'université et des professeurs. Au douxième siècle, une horrible maladie contagieuse – "le feu sacré" ou "la maladie des ardents" – frappa Paris. Il s'agissait d'une inflammation interne – inconnue et incurable. Le peuple amenait les malades à la cathédrale, et le vaste édifice en était plein. Mais à peine la châsse contenant les reliques de sainte Geneviève fut-elle apportée à la cathédrale que de nombreux malades guérirent. A la mémoire de cet événement, l'église Sainte-Geneviève-la-Petite fut rebaptisée Sainte-Geneviève-des-Ardents.

Innombrables sont les miracles qui se produisirent devant les reliques de sainte Geneviève. Parmi les miraculés – Erasme, grand humaniste et érudit des XVe-XVIe siècles qui, pour remercier la sainte de sa guérison, écrivit en vers latins une Ode à sainte Geneviève. Dans sa lettre à un certain Nicolas Werner, il parle de sa guérison miraculeuse et décrit la procession du 12 janvier 1491 au cours de laquelle cette dernière se produisit.

Durant la Révolution française, les reliques de sainte Geneviève furent brûlées. Mais les parcelles offertes précédemment par l'abbaye aux paroisses furent préservées. Elles se trouvent à l'église Saint-Etienne-du-Mont. En 1803 dans les ruines de l'ancienne basilique, le curé de cette église découvrit la crypte et en sortit le sépulcre de la sainte qu'il fit transférer à Saint-Etienne. Et tous ceux qui vénèrent la sainte orthodoxe gauloise montent sur "sa montagne" pour vénérer ses reliques, brûler un cierge devant son tombeau etprier.


Dans l'Eglise orthodoxe de Russie, la mémoire de cette sainte occidentale s'effaça peu à peu. Mais les Russes qui, vivaient en France et étudiaient au Quartier latin – quartier parisien des universités, furent les premiers à commencer, ou à « rétablir », pour être plus exact, sa vénération après avoir appris que la patronne de Paris et des élèves était une sainte orthodoxe du Ve siècle. Selon la coutume estudiantine, ils se mirent à prier, surtout avant les examens, devant le tombeau de sainte Geneviève, "de notre sainte Ginette" comme l'appelaient les étudiants parisiens.

A partir de 1928, il y exista à Paris une paroisse orthodoxe française de sainte Geneviève qui comprenait surtout des jeunes gens russes qui vénéraient la sainte. En 1935, au Quartier latin ancien, sur la "Montagne Sainte-Geneviève" même, on ouvrit l'église de Notre Dame Joie des Affligés. C'est à cet endroit que se trouvait l'ancienne abbaye Sainte-Geneviève, et à deux pas de là se trouve l'église catholique Saint-Etienne-du-Mont abritant le sépulcre de la sainte et les parcelles de ses reliques. Les fondateurs de la paroisse avaient de fortes raisons de penser que la vénération par les Russes orthodoxes des saints d'Occident vénérés aussi par l'Eglise d'Orient constituait une des voies vers la connaissance mutuelle des mondes occidental et oriental. Sainte Geneviève était l'une de ces saints. Et sa vénération fut donc pour le monde occidental la preuve vivante de la catholicité véritable de l'Orthodoxie. L'église placée sous l'invocation de Notre Dame Joie des Affligés devint largement connue sous le nom de l'église Sainte-Geneviève. Et ce ne fut pas un hasard qu'elle fût fondée sur le Mont-Sainte-Geneviève – au cœur même d'un quartier polyglotte de Paris – Quartier latin, quartier universitaire.

Chez une partie des émigrés russes qui n'avaient pas de contacts intellectuels avec le monde occidental, la vénération de sainte Geneviève commença autrement. Une paroissienne de l'église des Trois-Saints-Hiérarques à Paris qui souffrait de forts et incurables maux de tête, eut une vision. Elle vit une grotte où une femme de grande taille se tenait debout, un petit livre déchiré traînant par terre à ses pieds. La femme dit: "Pourquoi les Russes ne me prient-ils pas dans ma ville?" Après plusieurs tentatives pour comprendre et se renseigner sur qui était cette femme apparue dans son rêve, cette paroissienne qui ne savait rien de sainte Geneviève, se trouva par hasard à Sainte-Geneviève-des-Bois où se trouve la grotte consacrée à la sainte. Et c'est là-bas qu'elle vit en réalité ce dont elle venait de rêver : dans cette grotte il y avait une statue de la sainte avec un petit livre déchiré à ses pieds qui s'avéra être sa "Vie". Une fois que la femme eut prié la sainte, ses maux de tête cessèrent. L'icône de sainte Geneviève se trouvant à l'église des Trois-Saints-Hiérarques devint particulièrement vénérée, et à l'église de Notre Dame Joie des Affligés, un autel fut consacrée à la sainte.

En 1936, un groupe de Français conduit par l'évêque Winnaert et le père Denis Chambeau, curé, fut reçu dans le sein de l'Eglise orthodoxe de Russie. Ils furent autorisés à garder le rite occidental et les vêtements sacerdotaux occidentaux. Ainsi, la petite paroisse de Notre Dame Joie des Affligésse mit à vivre pleinement. Des Français orthodoxes y vinrent dès les premiers jours de son existence. Au début, des prières (« molébène ») étaient célébrées pour eux en français avant la Liturgie du dimanche. Puis les fondateurs de la paroisse, après avoir reçu la bénédiction du curé, traduisirent la liturgie de saint Jean Chrysostome, et l'office du dimanche commença à être célébré en français tous les deux dimanches, ce qui devint une tradition. A présent, les vigiles sont également célébrées en français.

En 1941 le père Mikhaïl Belsky, curé de la paroisse, et le conseil paroissial adressèrent au curé de Saint-Etienne-du-Mont une requête demandant de les autoriser à célébrer des prières d'action de grâces orthodoxes devant le tombeau de sainte Geneviève. Les plus hautes autorité catholiques donnèrent leur aval, et depuis lors, le 3 janvier (d'après le calendrier grégorien) après la messe à l'église des Affligés-Sainte-Geneviève, tous les présents se dirigent vers le tombeau de la sainte pour assister à une prière solennelle concélébrée par l'ensemble du clergé des paroisses patriarcales de Paris.

En 1945, son éminence le Métropolite Nicolas de Kroutitsa arriva à Paris. Après les vêpres, célébrées en l'église Notre-Dame Joie des Affligés et Sainte Geneviève, trop petite pour pouvoir contenir toute l'assemblée, les chantres du chœur d'enfants offrirent au Métropolite Nicolas une image en bois de la sainte patronne de Paris (œuvre de Léonide Ouspensky). Puis tout le monde se rendit à son tombeau. L'abbé, curé de Saint-Etienne, averti de cette visite, accueillit cet hôte de marque à l'entrée de l'église et l'accompagna avec déférence à la chapelle consacrée à sainte Geneviève. Ici le Monseigneur Nicolas célébra une prière d'action de grâces devant le tombeau de la sainte. Ensuite, l'abbé remit au prélat russe un reliquaire contenant des parcelles de ses reliques, que le Métropolite vénéra et qu'il tint en mains pendant que les assistants le vénéraient à leur tour.

Cette cérémonie, courte mais remplie d'une extraordinaire joie spirituelle, fut le grand triomphe de l'Orthodoxie et l'expression de la véritable unité pour laquelle l'Eglise prie et à laquelle appelle sainte Geneviève, patronne de Paris. Et le tropaire orthodoxe aux saintes femmes qui s'élevait sous le toit de cette magnifique église ancienne ne retentit jamais si joyeusement et si solennellement que pendant cet office : Il t'est arrivé, il est connu, ô Mère, qu'ayant pris la croix, tu as suivi le Christ et par tes actes tu enseignais à mépriser la chair car il convient de penser à l'âme qui est immortelle. Ton esprit, ô sainte Geneviève, avec les anges s'en réjouira aussi.





• imprimer cette page • ! pour corriger !
















ACTUALITÉS

30 Mars / 12 Avril
La liste des paroisses et monastère du Patriarcat de Moscou en France est renouvelée


RECHERCHE

dans les pages du site
dans google.fr
ECHANGE DE LIENS


 Creative Commons: Paternité- Partage des Conditions Initiales à l'Identique 3.0 1998-2009, la-france-orthodoxe.net     Rambler's Top100